lundi 15 septembre 2008

La voix des villes


Je suis enfin sortie des grandes villes.

Cajamarca, dans la cordillère, m'accueille avec son rythme plus lent. Peut-être est-ce l'altitude, les rues qui grimpent raides, qui ralentissent ainsi le pas du marcheur. On peut marcher dans la rue sans trop risquer de se faire bousculer, écraser, agresser. On peut flâner. Sortir n'est plus une épreuve.

Mais comment est-ce, une grande ville péruvienne ? C'est comme cela :

Sortir dans la ville, c'est comme nager dans un fleuve à contre-courant.

Rassembler toute son énergie, tendre ses muscles, ne pas lâcher son attention pour ne pas être emporté.

Je sortais cuirrassée. Oui, mais la ville était toujours plus forte que moi. La ville est un géant qui a toujours le dessus. Ce sont d'abord les sons qui vous assaillent : les cumbias qui se déversent d'un peu partout, des fenêtres, des magasins, des véhicules... les voix des vendeurs, dans la rue ou sur les marchés, qui vous harponnent sans cesse ("Señorita ! Mamacita ! Gringita ! Que necesitas ?")... les klaxons des taxis qui vous sifflent comme on siffle une jolie fille (et ce n'est pas une image !). Ils veulent vous séduire pour que vous montiez, les klaxons des taxis. Ils vous chantent de bruyantes sérénades. Et les voix de leurs chauffeurs les accompagnent : ce sont des choeurs de "Taxis ?", "Taxis ?", "Taxis ?" qui s'élèvent sur votre passage.

Les bus (le plus souvent des "combis", autrement dit des minibus) adoptent un style différent, plus direct, plus agressif : le "cobrador" (celui à qui l'on paye le trajet), à moitié penché dehors, hurle la direction du véhicule (Huanchaco !! Hucanchaco !!! Lambayeque !!! Lambayeque !!!) pour faire monter le voyageur . Chant mécanique, nom de lieu mille et mille fois répété : l'autre jour, Otuzco, dans la voix du jeune cobrador (qui ne devait guère avoir plus de quatorze ans...) devenait "Oooooootuzcotuzcotuzcooooo !!!". Autre règle : faire vite, ne pas perdre une seconde. Les voyageurs sont accueillis à grands cris : "montez!! montez !!!" puis "descendez!!! descendez !!!" - voix puissantes, qui vous aspirent à l'intérieur du combi, puis vous poussent violemment au dehors, et vous vous retrouvez sur le trottoir plus vite que vous ne l'aviez pensé, après vous être cogné le front contre le rebord de la portière. Parfois, vous voyagez plié en deux (le plafond est bas), car une autre règle est de faire monter le plus de passagers possibles, et peu importe si le combi est déjà plein : il y a toujours de la place.

Autre moyen de transport : le "collectivo", autrement dit, le taxi collectif. La règle est la même que pour les combis : faire entrer le plus de passagers possible. Quand j'ai fait voulu aller à Gallito Ciego, un site où l'on trouve des pétroglyphes, j'ai fait une partie du trajet dans un collectivo : trois à l'avant, quatre à l'arrière, et trois dans le coffre - nous étions dix dans la voiture...




Enfin, il y a le mototaxi. Encore un véhicule plein de surprise : car on peut en faire, des choses, avec un mototaxi. Il y a deux semaines, je suis allée à Pakatnamu, immense site archéologique en plein désert, laissé totalement à l'abandon...



A 6 km de la ville (Pacasmayo), la distance me semblait raisonnable... Oui, mais c'est presque une heure, qu'il nous a fallu, pour parcourir en mototaxi les petite routes de terre caillouteuses et défoncées, qui menaient jusqu'au site.



Bilan du voyage : un sac de ciment perdu en chemin (et retrouvé au retour... avec une bonne partie du ciment répandu par terre), un pneu crevé, une chambre à air foutue, ce qui nous a d'abord obligé à nous tasser sur la droite de la banquette, Hugo (le compagnon de voyage d'alors) et moi, pour ne pas trop peser du côté gauche, où le pneu nous avait lâché. Puis, quand cette solution n'a plus été suffisante, il a fallu que l'un de nous grimpe à l'arrière du mototaxi, et se cramponne fort pour ne pas être éjecté - car cela secouait fort. J'ai testé, et j'en suis ressortie épuisée et grise de poussière !



5 commentaires:

véron a dit…

mama mia ..... !

Anonyme a dit…

lire tes textes accompagnée avec les photos fait vivre les aventures avec toi. tes difficultés vecu et ton bonheur deviennent le notre tellement on peut y plonger grace à ta manière de transmettre les choses. vivement les prochaines aventures *PUK

Anonyme a dit…

J'aime assez ces vieilles motos qui s'habillent de bleu, de rouge et se prennent pour des autos... Ton voyage, Faustine, devient une aventure et, comme je te connais, ce n'est pas pour te déplaire!
Besos.
Jean-Claude

Exploz a dit…

A côté de tes récits, j'ai l'impression de voyager à la manière de retraités en groupe... C'est pas encore aussi folklo ici, mais dans l'ouest on verra ! amuse toi bien ! besos !!!

violaine a dit…

ah Faustine, comme je te vois bien te cogner le front contre la portiere en sortant, j'en ris encore!!! Et je t'imagine bien aussi couverte de la poussiere du chemin, et toute secouee encore des vibrations de ces moto taxis hihihi!
Je t'aime bien comme ca, te cognant et tout et tout.
Beijos