samedi 4 octobre 2008

Noches y aguas


J'avais oublié ce qu'était la nuit (mais l'ai-je jamais su ?).
Dans le noir, j'ai regardé le temps passer.
Et moi qui croyais que le temps passait vite (illusion citadine), j'ai découvert qu'il pouvait être long, le temps.



Je voulais retourner à Cumbemayo, où se trouve une forêt minérale, et voir les heures passer sur les hautes pierres, les voir touchées par l'aurore et le crépuscule. Arrivée à 17h, sous une pluie fine, j'ai vu le "sanctuaire" - impressionnant massif rocheux troué par un étroit tunnel - peu à peu recouvert par l'ombre.
J'ai vu la nuit tomber Cumbemayo.
J'ai vu le ciel orageux, magnifique, devenir jaune puis bleu puis noir (ou presque).

J'ai bu l'horizon humide.





Et j'ai découvert que la maison perdue et inhabitée qui m'accueillait n'avait pas d'éléctricité. Et que ma petite lampe-torche venait de me lâcher, malgré les piles toutes neuves que je venais de lui donner (l'ingrate !). Et que j'étais seule.
Alors, c'est donc ça, la nuit ? Aucune lumière pour me la masquer. Aucune voix pour me la faire oublier. Personne : juste le temps et moi.
Je me disais : commence maintenant une des nuits les plus longues que j'ai connues.
Le noir complet ? Pas tout à fait, pourtant.
Noir bruissant, noir remuant.
Dehors, le ciel continuait à se montrer. Une lueur, au ras du sol mouillé. J'aurais pu rester longtemps, à regarder et à écouter la nuit.


Mais il faisait froid, dehors, alors je suis rentrée dans la chambre, m'enfouir toute habillée dans mes deux sacs de couchage et sous ma couverture.
Et la nuit est passée.




Avant hier, à Leymebamba, j'ai vu aussi une vraie nuit. L'orage a eu raison du réseau éléctrique, et le village a été plongé dans le noir pendant plusieurs heures. Je marchais dans des rues noires que je ne connaissais pas, me demandant comment j'allais revenir à l'hôtel (à tâtons ?). Et pourtant, là encore, la nuit n'était pas vraiment complète. Je voyais des ombres, je distinguais des silhouettes.

Où est la nuit la plus dense ?

Je me souviens d'un bain de minuit à l'Espiguette, l'an dernier : je marchais seule vers la mer sans la voir, sans rien voir devant, sans rien voir derrière, dans un noir profond.
Abolies, les distances : plus de loin ni de proche. Plus de droite ni de gauche.
Voilà nulle part. Extase !
J'étais ivre de tout ce noir (alors c'est ça, la nuit ? là où on peut se perdre, là où les cauchemars peuvent se lever ?)
.
Vais-je retrouver mon chemin ? (Jusqu'où saurai-je me perdre ?)
Quelque chose me rappelait vers l'arrière, mais je continuais.

Voir, c'était écouter : seules des voix trouaient la nuit. Des voix, celles de Philippe et Clément, là-bas derrière, étaient mes repères (vous vous souvenez ?), étaient ma gauche et ma droite, traçaient la limite entre devant et derrière, entre avant et après.
Vos voix m'avaient protégée de la nuit.




Hier, la pluie tombait, sur la route entre Leymebamba et Chachapoyas.
L'eau me grisait : celle de l'averse, celle de la rivière Utcubamba dont le "combi" (minibus, pour ceux qui auraient oublié...) suivait le cours... Le combi fonçait sur la petite route de terre, comme dans une course furieuse contre la rivière. Et moi je regardais les gouttes de pluie tomber sur l'
Utcubamba, j'observais les remous de ses eaux, les volutes de ses tourbillons...
Et le courant
emportait avec lui la fatigue, la tristesse, et levait une joie neuve.
J'avais envie de me laisser porter par l'eau folle (comme dans la Dordogne, my Huck ! mais l'eau de l'Utcubamba est un peu plus sauvage...).
Rêves de dérive - je pensais à Hucklberry Finn, et aux enfants de La Nuit du chasseur...




...
et au petit hérisson dans le brouillard de Youri Norstein, qui, lui aussi, se laisse dériver dans le fleuve...





Pour finir, quoi ?
Un poème de Pierre Reverdy (qui m'accompagne pendant ce voyage).
Parce qu'il est le poète des heures lentes, des lumières qui tournent. Parce qu'il est de l'aurore et du crépuscule. Parce qu'il sait la nuit.



PENDANT LA NUIT

L'horizon est plein de lampes
Théâtre clair
la danse
l'étoile au bout du fil
le poids trop lourd
Le long de la route l'orage court
On sort
On dort
La peur glisse dans le décor
La nuit pousse un soupir et meurt
Contre la glace au fond du lit
La lune me regarde et rit
Le ciel noir devient plus petit
Les ailes frôlent sur le toit
Le vent est arrêté plus bas
On n'a cependant rien fait
On n'a rien dit
Les rideaux sont refermés
Les paupières défont leurs plis
Et voilà l'abeille du sommeil
Au bout de l'ombrelle


in Sources du vent


5 commentaires:

exploz a dit…

L'isolement et le manque de repères pour un temps, ça donne des choses très belles... Continue !!!

violaine a dit…

O merci Faustine pour ces deux extraits de films... succession de tableaux enchantes... je decouvre le herisson, magnifique ! Merci!

Jorge a dit…

Entré a ver tus trabajos varias veces, leí y releí tu “petit carnet”

Me gusta la composición que has hecho, siento que tus fotografías me cuentan cosas, no es solo la reproducción de la realidad, sino que es el fruto de mirar el objeto a fotografiar, buscar sus luces, sus sombras, ver sus ángulos; es un sumergirte en un trabajo en el que no solo estás aplicando la ciencia (la técnica aprendida) sino un plus que es tu ingrediente personal, es la “sal”, el “condimento”, le das vida, lo que hace que el producto -la fotografía resultante- sea una obra artística.

Te cuento que me he sumergido en ellas, mirándolas largo rato y he sentido como que yo estaba allí, dentro de esa imagen, rodeado de las piedras, las montañas, de los verdes, de las pinturas, de esas noches .

Me hiciste también sentir los sonidos y olores de esos lugares, pude -casi- tocar con mis manos los dibujos o refrescarme en el agua de ese río oyendo su correr por el cauce, si, fue una verdadera explosión para los sentidos.

Leyéndolo cerré por un instante los ojos y creí oir tu voz, tus preguntas, tus respuestas, tus relatos.

Estoy completamente convencido que aquello que buscabas lo has encontrado.

Retratás con “tu ojo”, llevando a quien observa tus imágenes la impresión de lo que sentiste, sos el vehículo perfecto entre el objeto y quien admira tu trabajo.

Como si esto fuera poco, narrás lo que en ese momento esta en tu interior, lo que aquello que estas viendo te produce, tus estados de ánimo. Simplemente me ha fascinado tu forma de contar, de describir los cosas simples, de preguntarte, de indagar en profundidad.

Resumiendo te diria que sabés transmitir muy bien lo que te rodea. Vos le pones la magia de hacerlo vivo.

Philou a dit…

La nuit, c'est comme le silence, généralement inaudible tant nous sommes bruyants extérieurement et intérieurement. Et comme le silence, cela ouvre sur l'espace... Pourquoi nos peurs nous empêchent-t-elles d'y accéder ? Parce que nous avons peur de découvrir qui nous sommes vraiment, peut-être... La peur, fuite du réel, agent de l'ignorance qui nous confine à l'occupation, à l'affairement, à la routine, au quotidien, à la surface de nous-mêmes. Souvent seul en ce moment, je le vois bien, j'éprouve encore trop souvent ce besoin maladif de combler la solitude, le silence ou la nuit par "l'occupation", "la distraction", "l'affairement", "le travail" plutôt que de me laisser aller à cette sensation terrifiante d'être seul... avec moi-même et en relation réelle avec le monde.
Vraiment bien choisies sont tes deux petites vidéo et que Reverdi, le poète de l'attente, de l'ouverture entrevue puis close, du lent mouvement au rythme incertain, t'aide à ouvrir cet espace où le temps est suspendu, la brèche où tout EST.

Jean-Claude a dit…

La qualité de ton travail, Faustine, te vaut de beaux commentaires comme ceux de Jorge (je crois en avoir compris la substance)et Philou.
Combler la solitude ou le silence par la distraction, l'affairement,est le mouvement spontané de l'homme occidental du XXIème siècle qui croit ainsi retrouver ou préserver son "équilibre".
Et si l'on faisait la démarche inverse ? Chercher une certaine solitude, un certain silence,"ouvrir la brèche",dans le bruit et l'affairement de la vie quotidienne. Ne serait-ce pas la meilleure façon de rencontrer l'autre - et toute chose -en son ETRE ?
Ce thème ne pouvait pas me laisser indifférent,tu t'en doutes.

Jean-Claude.